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Les Galeries...

Jeudi 15 novembre 2007

La carte judiciaire

J'ai une image en tête, celle de la ministre de la justice qui, entre deux allers-retours Paris-Washington, vient en région un grand trousseau de clés à la main fermer les uns après les autres les tribunaux.

Dans le langage policé des hautes sphères, cela s'appelle pratiquer la concertation active. 

Je veux vous raconter comment cela se passe. Jeudi dernier, les deux présidents de région (Languedoc Roussillon et PACA), les présidents de conseils généraux, les maires concernés, les présidents de tribunaux, de cours d'appels, les bâtonniers... apprennent qu'ils sont convoqués le samedi matin à Montpellier pour écouter la sentence de la ministre.

Ces personnages qui occupent de hautes fonctions de Menton à Narbonne, de Marseille à Briançon et d'Arles à Grenoble, ont dû lâcher tous leurs engagements initiaux pour rencontrer la ministre. Préssée car rentrant des Etats Unis, elle venait de fermer des tribunaux dans l'Ouest (de la France), elle se dépèchait de finir le Sud-Est pour aller l'après midi à Toulouse.

Résultat : 19 tribunaux fermés dont trois dans le Var.

Que la carte judiciaire soit réformée, cela ne fait aucun doute et un quasi consensus. Que la méthode ne soit pas celle du "oui, mais pas ici, ailleurs" ne souffre pas non plus débat. Mais là, on est dans le grand n'importe quoi.

Ce qui m'insupporte le plus, c'est l'absence de lisibilité du rôle de l'Etat. Un ministère éponyme pratique l'aménagement du territoire, les autres en font la désintégration. Car, bien sur participe à la vie d'un territoire, une poste, une gendarmerie, un tribunal. Mais cela serait une vision systèmique du rôle de l'Etat qui n'entre pas dans les cases de l'énarchie.

Depuis des années, la Région consacre des sommes considérables à développer avec l'Etat la justice de proximité, forte d'un besoin de rapprocher les citoyens et de donner les moyens de la rapidité pour les conflits mineurs qui pourraient dégénérer en les laissant trainer.

Cette réforme va à l'exact inverse. Et on en comprend mal les raisons. La plupart des tribunaux fermés étaient à la charge des communes, venaient certaines fois d'être entièrement rénovés. C'est donc un gaspillage supplémentaire de l'argent public.

Tout cela fait furieusement penser à Louis XVI et Marie Antoinette avec une ministre de l'économie qui, pour trouver une parade aux hausses d'essence, prône la marche à pied ou cette garde des sceaux qui montre tout le mépris qu'elle porte au peuple dont elle est issue.

Hélas, après les Marie Antoinette, il n'y a pas toujours les révolutions souhaitées...

par Joël Canapa commentaires (0)   
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